Le nuage blanc
2025, vidéo documentaire, réalisé à Cornil, pendant le workshop « Mes écoutes ».
Figures: M2 Recherches arts plastiques 2025-2026.
Roland Barthes avait dit dans son livre La préparation du roman: « Tout texte, même le plus classique, je pense à Pascal, ou le plus moderne, Rimbaud, senti à la fois comme lisible et illisible : tout dépend du niveau de perception du texte, du rythme de la lecture, de son intentionnalité » Ces écarts de compréhension sont partout. Nous employons les mêmes mots, mais, dans les territoires de notre propre compréhension, nous leur donnons un poids radicalement différent. Comme il disait « chaque mot est un isolat sans lien anaphorique » Parfois l’écart d’un seul mot suffit à faire diverger nos compréhensions à l’infini, se perdant dans les nuages blancs de chacun. Lorsque nous communiquons dans une langue étrangère, cette solitude devient encore plus sensible. Au moment de chercher un mot, l’émotion que l’on souhaite exprimer semble se perdre parmi d’innombrables vocables. Parfois, on a l’impression de jouer le rôle de quelqu’un d’autre.
Le nuage blanc est un espace neutre, une zone à laquelle personne ne peut donner de couleur. Dans ce nuage blanc, toute langue perd son sens, tous les mots se retrouvent isolés, et ce nuage sépare les hommes les uns des autres. En écriture, ce nuage s’apparente à l’« écriture blanche » de Roland Barthes : c’est une manière d’écrire neutre, qui « libérée de toute servitude à un ordre marqué du langage », qui dépouille le langage de toute couleur affective, de tout jugement de valeur et de tout ornement rhétorique, ne conservant que sa fonction la plus essentielle.